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Découverte d’une nouvelle technique de décor feint à Nice : entre fresque et sgraffite à l’époque Art déco

L’art décoratif (fresque*, tempera*, sgraffite*) qui s’épanouie à Nice fin XIXe début XXe siècle (fin des années 1930), s’il orne des villas ou des immeubles de la bourgeoisie, voire des demeures de la villégiature, est avant tout un art du pauvre. Art servant à masquer la pauvreté des matériaux utilisés pour la construction, il permet d’embellir les façades les plus visibles. Issu de la tradition italienne (génoise, florentine) de la Renaissance, il permet dans le Vieux Nice (avant que la nouvelle Ville prenne son essor) d’« ouvrir » de fausses fenêtres pour rétablir un équilibre architectural que l’importance des taxes ne permettait pas de créer.

Le matériau noble – la pierre – étant rare à Nice, on prend le parti de le simuler et la plupart des façades s’ornent ainsi d’éléments architecturaux des plus simples aux plus complexes. Bas-reliefs imitant la pierre de taille, chaînage d’angle, frontons curvilignes, triangulaires ou talutés, etc… Un simple carroyage rouge permettait souvent de simuler la maçonnerie. La frise n’arrive qu’en dernier, sous l’avant-toit qui protège le bâtiment. Elle est très colorée ou en deux teintes si l’ouvrier a réalisé un sgraffito*.

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Aujourd’hui très majoritairement disparus, les décors des façades ne s’imaginent qu’à travers la frise qui demeure. De même, si les intérieurs des demeures conservent souvent leurs plafonds peints, ils ont perdu à 99% les décors de leurs murs. Les ouvriers de l’époque réalisaient des œuvres cohérentes de l’extérieur à l’intérieur. Les couleurs se répondaient (du sol au plafond), les frises n’étaient pas suspendus en l’air mais elles reposaient sur une structure qui partait du sol. Parfois, elles « débordaient » sur la façade et venaient retrouver le décor architectural comme un rosier qui s’épanouirait sur les encadrements d’une fenêtre.

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Les façades planes se transforment ainsi en de riches demeures ou plus humblement en «petits carrés niçois »* harmonieux. Les thèmes utilisés sont en grande partie végétal (fleurs, feuilles, fruits) mais font également appel au monde des insectes, parfois des mollusques, voire au monde animalier, quelquefois à des personnages réels ou imaginaires.

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A Nice, un immeuble Art déco révèle une technique à mi-chemin entre la fresque et le sgraffite. Le dernier enduit achevé (l’intonaco*) mais encore frais, un décor est gravé. Le fresquiste vient alors peindre sur le mortier frais et souligne les engravures par des tons foncés. Le décapage de l’immeuble la Pergola rue Verdi a permis de mettre à jour une composition qui couvre l’ensemble de la façade : pergola à teinte aubergine, fleurs jaunes cernées de noirs, grand feuillage vert, fond bleu rehaussé d’or sur un fond ocre jaune soutenu.   Dans quelques mois, quand le chantier de la Pergola sera terminé, les passants découvrirons en plein quartier des musiciens de somptueuses couleurs, un jardin feint en plein cœur de ville.

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Les façades aujourd’hui entièrement recouvertes de peinture blanche sont en cours de décapage, révélant des couleurs somptueuses!

D’autres façades attendent d’être révélées, comme celles de la villa Les Lucioles construite dans le style Art déco régionaliste provençal qui a perdu ses façades rouges, ses volets verts et ses frises gravées.

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Regarder ces décors c’est se souvenir des ouvriers d’ici ou d’ailleurs, ces artistes anonymes qui ont apporté leur savoir-faire. Conserver ces décors c’est préserver une harmonie transmise depuis les Grecs et les Romains, fondateurs de notre Civilisation. Restaurer ces décors c’est faire vivre et enrichir son patrimoine immobilier.

La fresque consiste à peindre avec de l’eau et des pigments sur mortier de chaux et de sable encore frais (a fresco : dans le frais). Une fois le mortier durci, une cristallisation en surface s’opère emprisonnant ainsi la couleur dans l’enduit. Les couleurs deviennent insensibles aux intempéries et aux frottements et sont très stables dans le temps.
La tempera ou badigeon de chaux est réalisé sur un enduit sec ou semi-sec.
Le sgraffite (ou sgraffito) consiste à superposer deux enduits de couleurs différentes. Une fois le motif dessiné, l’enduit de surface est gratté jusqu’à retrouver l’enduit coloré sous-jacent. Le résultat final offre une gravure en relief bicolore de motifs formant frise, ornement.
L’intonaco est la dernière couche d’enduit après le gobetis (rinzaffo) et l’arricio qui reçoit les décors.
Les « petits carrés niçois » : ainsi dénommés car les maisons 1900-1930 des personnes humbles forment un carré (un couloir desservant de part et d’autre quatre pièces), parfois un rectangle c’est à dire un carré sur deux étages. Le terme « niçois » est abusif car ce type de maison se retrouve dans l’ancien Comté de Nice.

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