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Les cinémas à Nice dans les années 30

Les années 30 verront l’explosion populaire du cinéma avec la création de multiples salles, dans tous les quartiers d’habitation. Quant aux centres-villes ils connaîtront l’édification de véritables temples de cinéma sur des pâtés de maisons entiers suite à des démolitions de bâtiments antérieurs. L’industrie cinématographique est en effet assez riche et puissante pour prendre place dans les grands projets d’aménagements et de constructions urbains.

Nice suivra la tendance avec de nombreuses réalisations.

RIALTO

Construit en 1926-1927 il constitue le 1er des 4 grands projets immobiliers. Il est de style néo-classique et se trouve rue de Rivoli derrière une série d’immeubles construits rue de France (face au Musée Masséna) dans le même temps. L’immeuble qui s’est édifié au dessus en 1956 (dans un style forcément différent) fait oublier que le cinéma constituait donc une partie d’un grand ensemble immobilier.

Il comporte une entrée monumentale de 6 mètres de haut avec colonnes supportant une vaste corniche en guide d’auvent. An delà des portes s’étend un grand péristyle, un bar puis le hall lui-même avant la salle à balcon en U. Il sera le 1er cinéma parlant de Nice. Il passera aux multisalles en 1978 et demeure un des principaux cinémas de la ville.

CASINO DE PARIS

Le programme du promoteur Samett et de l’architecte niçois Gastaldi prévoit un palace sur la Promenade des Anglais au coin Est du boulevard Gambetta avec galerie marchande abritée par un plafond translucide, casino et salle de spectacle mixte cinéma-théâtre. Finalement l’immeuble « Imperator », terminé en 1928, n’occupera que le coin Boulevard Gambetta –rue de France. Le cinéma et la galerie seront réalisés avec une façade sur la Promenade de style Art déco et une autre ouverture rue de France Le cinéma possède un plafond vitré coulissant de 300 m2. (ensemble aujourd’hui en partie récupéré par un supermarché et en partie désaffecté).

L’ESPLANADE  

L'Esplanade élévation balcon

Dans les quartiers populaires de l’Est s’édifie en 1930 l’immeuble Esplanade, marquant le bout d’un grand pâté de maisons. Au centre de la façade l’architecte Honoré Aubert ouvre l’entrée monumentale du cinéma. A l’intérieur, plafond et stucs de fleurs stylisés signent l’Art Déco. Servant aujourd’hui pour des événements, la salle a gardé ses proportions mais malheureusement pas sa décoration.

LE FORUM

Le Forum

En 1933 s’ouvre sur la Promenade des Anglais, dans l’ilôt situé face à l’Imperator, de l’autre côté du boulevard Gambetta le Forum, montrant par là aussi que la présence de 2 cinémas contigus n’altérait en rien leur rentabilité. Un projet des années 20 prévoyait un immeuble en arrondi avec galerie marchande au centre. Le projet définitif édifié par Georges Dikansky comprend un immeuble au plan rectangulaire et le cinéma remplace les boutiques. La salle sera toute en courbes de stucs et précédée d’une grande entrée avec 2 escaliers courbes menant au balcon. Le cinéma est aujourd’hui une discothèque.

L’ESCURIAL

L'EscurialL'Escurial, fresques d'E. Doucet

C’est la réalisation architecturale la plus novatrice. Le terrain est bien situé à proximité de l’Avenue de la Victoire mais étroit et biscornu. Construire une salle de 12 mètres de haut avec peu de colonnes porteuses au centre d’un immeuble constituera une œuvre magnifique de l’architecte Léonard Varthaliti. L’insertion de l’entrée du cinéma dans le bâtiment donne l’impression que c’est l’ensemble de l’immeuble qui constitue un temple à cet Art, terminé au sommet par un tempietto. Cela est d’autant plus remarquable la nuit puisque dès l’origine la totalité des étages et le belvédère sommital sont éclairés. Une grande marquise prévue sur les élévations du projet n’a pas été réalisée. Les recherches actuelles n’en n’ont pas donné la raison, peut-être individualisait-elle trop entrée et reste de l’immeuble. Doucement arrondie, la façade adopte une composition verticale classique avec socle monumental recouvert de travertin.

Dès l’ouverture la salle fit l’admiration des spectateurs en raison notamment des peintures décoratives des murs. Dues à E. Doucet (1890-1978) qui était en train de réaliser la principale œuvre de sa vie, les fresques de l’église Notre-Dame-Auxiliatrice (Nice), elles représentent l’Antiquité grecque d’un côté (avec l’Acropole et la statue d’Athéna) et romaine (aperçus de la vie quotidienne dans la Cité). Peut-être Doucet pensait-il aux films Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914), Les dix commandements (Cécil B. De Mille, 1923) ou Ben Hur (Fred Niblo, 1925). A l’Escurial il ne s’agit pas de fresque sur enduit mais de peinture sur panneau d’isorel (panneau de particules de bois agglomérés) peut-être car un isolant phonique était réclamé. Sans doute du coup les panneaux n’ont-ils pas été peints sur place. Les poteaux arrondis de béton étaient visibles et scandaient les murs. D’élégantes vagues de staff animaient plafonds, couloirs et balcons.

Vue décor 1980, 3

Cette salle, comme le Rialto possédait un orgue de cinéma. L’orgue de cinéma devait imiter tous les instruments de l’orchestre et d’autres bruits permettant de sonoriser les films muets (klaxon, vagues, train, tonnerre…). L’organiste se tenait dans une console sur scène ou dans la fosse d’orchestre et les tuyaux étaient cachés dans des « chambres expressives » ouvertes sur la salle par des jalousies réglables. L’orgue de l’Escurial possédait 1076 tuyaux logés dans 2 chambres expressives situées derrière l’écran

Le blog http://chernanni.zlio.com présente de très intéressants prospectus du bâtiment mettant l’accent sur l’architecture ; il est plus généralement un blog consacré aux salles niçoises. La transformation de cette salle en supermarché en 2011-2012 constitue une grave erreur puisque son utilisation en discothèque depuis 1979 avait permis de maintenir volumes, balcon et peintures cachées derrière des cloisons légères. Tout partit en montagnes de gravats au moment où les salles mythiques de la Ciotat (Frères Lumière) ou du Louxor à Paris connaissaient le début de leur restauration.

Ces salles immenses, faisant partie de grands programmes immobiliers seront copiées, dans une échelle plus réduite, sur des parcelles plus réduites .C’est par exemple le cas du Ruly édifié rue de France en 1938 avec une petite halle marchande, une brasserie et une salle de cinéma réduite au pied d’un immeuble (aujourd’hui un dancing). Le cinéma Royal (détruit) boulevard Malausséna devait être le centre d’un ilôt reconstruit. Lui seul fut édifié. Quant à l’immense projet qui aurait dû voir le jour sur l’ilôt de la Charité (aujourd’hui « Nice-étoile »), il n’aboutit pas.

(article rédigé d’après l’étude réalisée par René Prédal in Ciné Nice, revue de la cinémathèque de Nice, hors série, sept 2009 [épuisé])

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