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LES SALLES DE CINEMA A NICE DES ORIGINES AUX ANNEES 20

(article rédigé d’après l’étude réalisée par René Prédal in Ciné Nice, revue de la cinémathèque de Nice, hors série, sept 2009 [épuisé])

La première séance de cinéma à lieu à Paris, 14 boulevard des Capucines, le 28 décembre 1895 et à Nice le 28 février 1896, soit très peu de temps après. Il s’agissait d’images tournées pendant le carnaval. La renommée mondiale de cette grande ville de villégiature explique sans doute cette apparition très rapide et la nécessité de toujours occuper les estivants avec des nouveautés. Auparavant Nice avait déjà eu un « panorama » (diffusion d’images fixes) en 1882 rue Saint-Philippe et un « cosmorama » en 1895 face à la jetée-promenade

Les débuts du cinéma n’ont pas donné lieu à Nice comme ailleurs à des types architecturaux particuliers. Les premières séances se déroulent dans des cafés-théâtres (cas de la 1ère séance niçoise dans le café-théâtre Eldorado, rue Garnier, aujourd’hui rue de la Liberté boutique Madura), des brasseries (Brasserie orientale, 22 av de la gare, coin boulevard Dubouchage ; taverne Steinhof et son jardin, 27 av de la gare), des salles de conférence (Movitographe au 62 avenue Gioffredo), des foires (celle du Pont vieux), des théâtres (Politéama place Garibaldi, Variétés boulevard Victor Hugo, Artistique boulevard Dubouchage) ou encore le jardin d’hiver du casino municipal ou la jetée-promenade.

C’est à compter de 1905 seulement que, à Nice, les premières demandes de permis de construire de salles pour le cinéma apparaissent. Ainsi pour le 3 rue de la paix (actuelle avenue Clémenceau) en novembre 1905 ou le 58 rue Gioffredo en avril 1906.

Femina 1912

L’étude du cas niçois nous permet d’affirmer que dans cette ville les premiers entrepreneurs de l’industrie cinématographique n’ont pas cherché à édifier au début des salles à l’architecture extérieure voyante. Si l’intérieur suivait la mode décorative des théâtres de l’époque (rideaux, scène, promenoir avec une décoration devenant luxueuse surtout après 1910 : style mauresque de l’Excelsior rue Pastorelli), les entrées demeuraient discrètes. En effet, dans le centre le plan-type était la boîte rectangulaire prenant place dans la cour d’immeuble avec un couloir donnant accès à la rue (cas du Nice-cinéma ou du Fémina avenue de la gare, de l’American-cinéma rue Gubernatis ou du Palace-cinéma sur l’actuelle rue d’Alsace-Lorraine). En cœur d’ilot l’édifice est le plus souvent un rectangle à charpente métallique et briques de remplissage, recouvert d’un enduit peint. Ils seront par la suite édifiés en béton. L’entrée se limite souvent à une porte équivalente à une porte d’immeuble, le couloir servant de lieu d’affichage. Au fond, la caisse et les escaliers permettant d’accéder au balcon s’il existe. Le public parvient au parterre par l’arrière de la dernière rangée de fauteuils. Détail architectural très apprécié et devenant quasiment obligatoire pour attirer la clientèle : le toit-ouvrant qui se développa pendant cette période pour les soirs d’été.

Excelsior 1912

Cette discrétion extérieure découlait sans doute de contingences propres au cas niçois. Les premiers cinémas s’installent dans le centre ville (le développement des salles de quartier interviendra surtout après la 1ère guerre mondiale), espace construit, au foncier déjà onéreux pour certaines artères. C’est la raison pour laquelle les cinémas, cherchant les avenues les plus passantes du centre mais constituant une industrie naissante aux revenus encore modestes, ne peuvent prendre place que dans des ateliers ou hangars édifiés au centre des cours. Les plus chanceux pourront acquérir une boutique pour y installer leur entrée, liaison entre la rue et les cours d’ilots. Sinon c’est un étroit couloir ou l’entrée carrossable de l’immeuble qui sera transformé en accueil.

Même dans le cas d’un cinéma construit en bordure de voirie, celui-ci se cache en quelque sorte. C’est le cas du projet de l’Ideal-cinéma dont le permis date de 1908. Il prend place dans le triangle du jardin de la maison Cotta avec un projet réunissant salles de cinéma et boutiques. L’entrée du cinéma est en effet rejetée sur la petite rue Longchamp perpendiculaire, ceci afin de ne pas sacrifier le moindre mètre de vitrines de commerces devant s’étendre sur cette rue commerçante et luxueuse, dans un quartier bourgeois où le cinéma est sans doute encore considéré comme un divertissement (trop) populaire.

Mais cette relative discrétion cessera dès 1925 et surtout à partir de l’avènement du parlant (le film le chanteur de Jazz sera projeté pour la 1ère fois à Nice en 1928) qui verra l’inauguration de projets majestueux volontairement visibles dans le patrimoine architectural de la cité.

Christophe Prédal

Christophe PREDAL est Directeur de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine Romain Gary (BMVR de Nice). Il est né à Nice et est amoureux de son patrimoine.

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