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La poterie et la céramique architecturale 1870-1930 : une vague multicolore envahit les façades de la Côte d’Azur

Quelques précisions empruntées à l’Ecole de Sèvres

La poterie est fabriquée à partir d’une argile commune, de couleur variable allant du gris au rouge.

Le terme céramique est un mot d’origine grecque, « keramos », qui signifie argile.

La céramique désigne des objets en terre qui ont subi une transformation au cours d’une cuisson à température plus ou moins élevée. Selon la nature de ses composants et la température de cuisson, la céramique possède des caractéristiques très différentes. La variété des argiles influe sur les couleurs introduits par les émaux

mt boron basse

Un peu d’histoire

Apparu dès le Néolithique, poterie et céramique font partie de notre quotidien. Utilitaire ou expression artistique, elle reflète les changements des modes de vie et témoigne des progrès techniques.

La technique de la céramique est redécouverte en France entre les XIV et XVIe siècles, notamment avec Bernard Palissy puis se développent au XVIIe et XVIIIe siècles.

Cependant, c’est à la fin du XIXe siècle avec l’industrialisation et les nouveaux moyens de transport (chemin de fer) que l’industrie de la céramique se s’épanouit et connaît jusqu’au début du XXe siècle un grand essor. L’Art Nouveau puis l’Art Décoratif la feront entrer partout, notamment sur les façades.

A partir de 1930 et l’apparition de nouveaux matériaux la céramique est en déclin.

On la retrouvera après 1950 avec un courant artistique que Picasso illustre à Vallauris, puis sur les façades dans les années 1960-1970 avec des carreaux ou des tesselles.

La Côte d’Azur

Si de nombreux potiers travaillent sur la Côte d’Azur, deux manufactures vont prendre une place prépondérante.

Installée depuis le XVIIe siècle à Vallauris, les Massier expérimentent au XIXe des techniques novatrices et profitent des moyens modernes de communication à la fois pour diffuser leur production (grâce au chemin de fer) mais aussi pour la faire connaître (publicité, cartes postales, catalogues de vente).

bleu

Trois Massier vont développer l’affaire : les deux frères Clément et Delphin, leur cousin Jérôme. Ils participeront à l’Exposition Universelle de Paris en 1889, à l’Exposition Internationale de Chicago en 1893 et y obtiennent des prix (médaille d’or pour Clément en 1889). Ils déposent des brevets et connaissent une renommée internationale et comptent parmi leurs clients des noms prestigieux (la reine d’Angleterre, Victor Hugo, Emile Zola, etc…)

Des succursales sont ouvertes à Paris, Nice, Menton et New York.

La manufacture Massier collabore avec l’Hospied, entreprise de créations d’émaux à Golfe Juan.

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A Menton, Joseph Saïssi installe sa manufacture sur 10 000m². Il apprend le métier de céramiste en Italie avec son oncle qui avant de s’y installé est passé par la faïence bordelaise et a travaillé avec des fabricants d’émaux d’Angleterre.

A Menton, Saïssi produit d’abord des briques, des tuiles, des cheminées, des balustres en terre cuite puis ouvre un département de céramique architecturale.

Charles Martini de Châteauneuf et Michelle Rubino mentionne dans La Grenouille et le citron. Histoire de la céramique artistique et architecturale mentonnaise  le  Catalogue Saïssi : « 47 pages, certaines polychromes, propose 34 balustres différentes, 52 variétés de métopes, cabochons et rosaces, remarquables série de frises décoratives riches exécutées à l’émail grand feu, des panneaux décoratifs, des motifs pour frise, de multiples cartouches, vases et suspensions, des articles divers pour la construction dont un grand campanile en faïence (déjà placé au célèbre restaurant niçois « La réserve de Nice »), un étonnant griffon arêtier, une grande jardinière Mascaroff, un choix important de tuiles de couleur, une tête de cheval pour décoration de boucherie, etc… »

Comme Massier, Saïssi obtient des prix, dont la médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris de 1900 ou la médaille d’or à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925.

Parmi les réalisations de Saïssi à Nice, citons : le clocher de l’église de la rue Vernier, le clocher de l’église russe, des villas à Cimiez.

Des influences fortes

Des architectes célèbres promeuvent la céramique et la polychromie.

Charles Garnier (1825-1898) lors de ses séjours sur la Côte créé une toiture en tuiles émaillées à l’écurie de l’Observatoire de Nice en 1885-1886.

Adrien Rey (1865-1959) à Menton ourle le haut de la façade des halles du marché de Menton de céramiques polychromes en 1898.

Georges Tersling (1857-1920) qui s’installe à Menton, créé à la villa Masséna à Nice en 1898-1901, outre les balustres en terre cuite du toit et de la façade nord, des tuiles vieux rose sous le mur d’acrotère.

Ecuries basse

Les couleurs

Toute la palette chromatique des émaux est utilisée. Si le bleu turquoise semble emblématique de cette période, il est loin d’être omniprésent, notamment à Nice.

Les balustres illustrent bien cela : de balustres en terre de plusieurs couleurs (selon la provenance de l’argile) aux émaillés, monochromes ou polychromes, les couleurs ……..

Le monde des potiers-céramistes de la Côte d’Azur des années 1870-1930 est étroitement lié aux Expositions internationales où se croisent les personnalités de l’époque, qui elles-mêmes séjournent sur la Côte. L’engouement pour la céramique architecturale est un effet de mode qui dynamise une industrie aujourd’hui disparue.

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