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Mosaïste: Eve DARNE nous parle de son métier

L’association Gloria Mansion a rencontré Eve Darne, artisan mosaïste sur la région Niçoise, passionnée par son métier. Découverte d’une femme de caractère qui a fait sa place dans un milieu jusque là masculin.

« Vous êtes mosaïste ? Vous en avez de la patience !

C’est une des phrases les plus fréquentes que j’entends lorsque je parle de mon métier. J’aime répondre alors qu’il faut de la patience pour poser jour après jour toutes les petites pierres qui jalonnent le chemin de notre vie…

Après avoir pratiqué la mosaïque en dilettante depuis l’âge de 17 ans je suis partie à Turin en 2009 pour suivre une formation professionnelle pour artisans. J’y ai perfectionné plusieurs techniques de pose et parallèlement j’ai collaboré avec une entreprise spécialisée dans la construction et la restauration de sols à la vénitienne, plus connus en France sous le nom de « granito » ou « terrazzo ».

Le terrazzo est une technique traditionnelle de revêtement de sols développée à Venis et dans le Nord de l’Italie. La couche supérieure est composée d’un mélange de chaux avec des granulats de marbre de différentes couleurs et on peut y insérer de la mosaïque (c’est-à-dire des tesselles taillées) pour représenter un motif important, comme le blason d’une maison, par exemple.

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Mosaïque avant et après restauration par Eve DARNE

Le sol en terrazzo traditionnel est composé de 3 couches :

-le « sottofondo », la chape de base,

-la « copertura », la couche intermédiaire

-la « stabilitura », la couche supérieure où sont déposées les tesselles ou les granulats de marbre.

Vitruve mentionnait ces 3 couches comme le rudus, nucleus et le statumen. Ils sont composés de sable, chaux et brique pillée en différentes proportions et granulométries (les proportions exactes étant jalousement gardées par les maîtres terrazzieri).

Lors de la restauration d’un sol en granito, il existe deux possibilités :

la restauration conservatrice, qui consiste à consolider le monument ou objet pour stopper ou ralentir sa dégradation, sans chercher à remplacer les éléments manquants (si les lacunes sont trop étendues et qu’il n’existe pas de document illustrant le motif initial, le restaurateur ne peut pas « inventer »)

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  • la restauration intégrative, dans ce cas les lacunes ne sont pas étendues ou on possède des preuves du motif initial, qui permettent sa reconstitution totale. Pour des sols se trouvant dans des zones habités (hall d’immeuble par exemple) ; il est préférable de combler à toutes les lacunes, pour assurer la sécurité des habitants et éviter une dégradation plus rapide due aux passages répétés.

Face à un sol en granito et/ou en mosaïque, et suivant le degré de dégradation et les besoins d’intervention, le protocole de restauration est le suivant :

  • nettoyage à la vapeur du sol, centimètre par centimètre, pour permettre une adhérence optimale du joint final, qui comblera les interstices et rendra le sol lisse ;
  • remplacement des parties abimées par du marbre de même type (il arrive, surtout pour les restaurations de sols anciens, que des carrières aient fermé et que le marbre présent dans le sol ne soit plus produit. Le travail du restaurateur consiste alors à chercher parmi les marbriers, si des morceaux anciens subsistent dans leurs réserves. Si le marbre est introuvable, il faut le remplacer par un marbre de valeur chromatique proche et le justifier auprès du commanditaire du chantier de restauration. Les tesselles abimées sont donc remplacées par d’autres, directement taillées sur le chantier à l’aide d’une martelline, l’outil de mosaïste par excellence. Elle est composée d’un maillet en bois et d’un tranchant en forme de demi-lune, qui sert à tailler aussi bien les tesselles de marbre que de pâte de verre (comme les smalti, émaux vénitiens). On place le matériau entre la martelline et un tranchant inséré dans un billot de bois et on donne un coup sec, par un mouvement du poignet, pour tailler la forme que l’on souhaite. Fabriquer ainsi les tesselles de remplacemen « in situ » permet d’être plus fidèle d’origine et parfaire le travail de restauration
  • lorsque toutes les lacunes sont comblées, on procède au jointoiement du sol pour le rendre homogène et étanche dans sa structure. Une fois le joint séché on applique un mélange à base d’huile de lin pour nourrir et protéger la pierre et lui donner toute son intensité chromatique. »

Contact : Eve Darne 06.27.56.12.65

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