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Palais Nemausa à Cimiez , 2 bis avenue Liserb, Nice

Le bâtiment : un patrimoine à maintenir: immeuble de rapport vendu par appartements en 1936 par la société parisienne Sous-Comptoir des Entrepreneurs, le Palais Nemausa a peut être été construit à une date ultérieure. Des recherches aux Archives nous permettrons de déterminer la date de construction (1924-1925 ou 1934-1935) ainsi que l’architecte, s’il y en a.

Nous n’avons trouvé aucune trace de date ou d’architecte en pied de façade, comme il apparaît souvent. L’immeuble se présente sur l’actuelle avenue Liserb (2 bis) au sommet d’une petite butte et précédé par un jardin. Construit en pierres et ciment armé, il possède 6 étages. Au cinquième étage deux emblèmes représentant un crocodile attaché à un palmier font écho au nom de ce Palais : Nemausa – Nîmes – inscrit sur la porte d’entrée, en ferronnerie et verre, dans le style Art Déco.

Le dernier ravalement a certainement recouvert de blanc les parties enduites de la façade. Cependant, sous certaines épaufrures apparaissent des traces de jaune. Des recherches plus minutieuses qu’une simple observation devraient permettre de déterminer la couleur d’origine. Les menuiseries (fenêtres et volets) avaient été traitées en vert amande assez doux. Seuls les volets demeurent en bois et de couleur verte. Les fenêtres ont été remplacées sur la façade principale (sud) et sont en PVC blanc, altérant l’uniformité esthétique du bâtiment.

Les ferronneries des balcons rappellent les palmes des palmiers et sont de couleur vert foncé.

Une fois franchit la très belle porte d’entrée aux lignes géométriques de style Art Déco, le hall d’entrée se décompose en deux parties. La première est un large espace bordé de deux jardinières qui devaient à l’origine abriter des plantes et orné de part et d’autre de deux gravures encadrées dans un cadre en bois à forme géométrique octogonale. Elles font apparaître à gauche les arènes de Nîmes, à droite la maison Carrée de Nîmes. Elles ont été réalisées dans un enduit dont la composition reste à déterminer. Elles sont en relief et dans les tons de jaune-beige très clairs. Elles sont bien conservées (un ou deux petits bouts d’enduits se sont détachés) et méritent un simple rafraîchissement.

Au sol, des cassons de trois couleurs (beige clair, vert très pâle, noir) sur fond jaune soutenu rappellent les palmes des gravures des murs.

Le plafond possède des staffs assez simples qui n’alourdissent pas l’entrée. Il est recouvert d’une peinture blanche. On peut apercevoir au dessous une couleur vert amande très pâle, qui est sans doute la couleur d’origine.

Les murs en partie basse ont été recouverts récemment par une matière granuleuse, anachronique avec le style du bâtiment. Il est probable qu’ils étaient traités en crépi, comme l’ensemble des parties basses des parties communes. En partie haute (un liseré en bois scinde les deux parties), le mur est lisse, aujourd’hui recouvert d’une peinture blanche mais des traces de couleur vert pâle apparaissent, comme pour le plafond.

Trois marches en marbre amènent la seconde partie du hall desservant les ailes est et ouest. Un appartement (loge du gardien ?) est dissimulé par un ensemble géométrique formant glace

Des fausses fenêtres situées sur les murs, de part et d’autre des marches surplombent des boîtes aux lettres. Celles d’époque ont disparu et ont été remplacées par des boîtes contemporaines qui ne correspondent pas au style du bâtiment.

Des gardes corps amènent aux ailes est et ouest. Ils ne sont apparemment pas d’époque mais demeurent dans la sensibilité Art Déco. Sur les murs des couloirs amenant aux deux ailes du bâtiment, deux panneaux en bois signés (le nom reste à identifier), toujours dans les tons jaune-beige, représentent le pont du Gars et la tour Magne à Nîmes. Ils surmontent deux miroirs, eux-mêmes situés au dessus de deux jardinières.

Les ascenseurs (ferronneries) sont d’époque (la mise aux normes n’a pas trop endommagée le style) et possèdent également des formes géométriques Art Déco. Les escaliers sont en marbre.

Pour les ailes Est et Ouest, les murs sont en crépi Art Déco (soubassement), la lisse est en bois puis le haut s’achève avec aujourd’hui un ton blanc uni qui devait être vert amande soutenu (que l’on aperçoit à tous les étages sous la peinture actuelle) et qui rappelle un stuccato, c’est-à-dire un enduit stuqué type marmorino.

Le crépi est typique des enduits pour mur intérieur de l’époque Art Déco. Les sols des paliers ainsi que probablement des entrées des appartements sont en terrazzo à dominante verte. Les portes en bois vernis assez foncé, possèdent toutes un double emblème nîmois : le crocodile attaché au palmier.

Nous pouvons constater que le Nemausa a été conçu pour rappeler Nîmes. Il y a une harmonie des tons, de la façade aux intérieurs : jaune, vert, ton pierre. Les teintes sont déclinées de manière délicate : le jaune pale des cassons, le jaune-beige plus soutenu du crépi, les jaunes-beige des gravures et décors en bois ; le vert pâle des menuiseries, le vert amande des plafonds, le vert plus soutenu des murs, le vert des terrazzo.

La qualité de cet immeuble réside dans ses détails (couleur, emblème, etc…) qui en font un des représentants de l’Art décoratif à Nice.

Cet immeuble est particulier car sa thématique (Nîmes) est assez surprenante à Nice. L’appartenance de Nice à la Provence remonte au Moyen Age ou à l’époque romaine mais a souvent été rejeté dans les périodes contemporaines. Nous avons donc là le seul exemple connu d’immeuble possédant cette référence. Le fait que le Palais Nemausa se situe sur la colline de Cimiez, anciennement Cemenelum, est certainement une référence à l’époque romaine mais traitée dans le pur style Art Déco.

Conserver l’harmonie de ce bâtiment et ainsi reconnaître pleinement son style permet une plus-value considérable. L’immeuble niçois Colisée de l’architecte Arsenian en est un exemple. Traité de manière sobre pour les façades extérieures, ce sont les détails intérieurs qui soulèvent l’appartenance au style aujourd’hui reconnu internationalement, l’Art décoratif. L’identité d’un bâtiment réside essentiellement dans ses façades et ses parties communes. Les dénaturer induit à perdre l’harmonie de la construction. Les formes sont importantes mais également les couleurs et bien sûr les matériaux. Un bâtiment est une entité construite à une époque donnée, avec les codes couleurs de cette époque et les matériaux spécifiques.

Ainsi, pour la période Art Déco, le crépi décoratif est un élément d’identité de ce style. Il peut prendre diverses formes et diverses couleurs. Du vert amande rehaussé d’argent au framboise en passant par des tons plus clairs. Citons l’immeuble Le Rex rue Gambetta ou ceux de la rue d’Italie. Substituer à ce crépi un autre matériau est une atteinte à la conception d’origine.

Doit-on restaurer ou rénover ?

Une restauration consiste à rétablir quelque chose dans son état d’origine.

Une rénovation consiste à transformer dans le but de « moderniser » quelque chose.

Comment choisir entre l’une ou l’autre ? Quand un bâtiment a conservé l’essentiel de ses éléments d’origine, opter pour une restauration s’impose car, outre l’esthétique, la compatibilité des matériaux est exigée.

Quand un bâtiment a perdu ce qui le caractérise, la question peut tout de même se poser pour les mêmes raisons que précédemment mais aussi en fonction de sa qualité architecturale. Si l’immeuble n’a aucun caractère, une rénovation peut donner une nouvelle esthétique. Un bâtiment, quelle que soit son époque de construction, reste une œuvre unique et cohérente, les principes qui ont guidé sa conception doivent être respectés. L’opération de ravalement (intérieure ou extérieure) fait d’abord appel à une étude approfondie, à la fois technique (matériaux, pathologies, etc) et historique (date de construction, architecte, techniques particulières, etc) de façon à apporter des réponses pertinentes et cohérentes pour une réhabilitation de qualité, la plus proche des matériaux d’origine et de l’esprit du concepteur.

Pour le Palais Nemausa, des éléments ont été enlevés (crépis du hall d’entrée) qu’il s’agit de restituer. Mais dans l’ensemble, le bâtiment a conservé la majeure partie de ces éléments d’origine. Certains doivent être restaurés (parties lisses des murs et plafonds, crépis,…). Une rénovation impliquerait l’apport de matériaux nouveaux non adaptés à ce bâtiment. La toile de verre par exemple est un élément inadéquat pour un bâtiment Art Déco. De plus elle masque les infiltrations d’eau éventuelles, ce qui ne permet pas de réagir à temps.

Les produits du ravalement : une responsabilité partagée

Les produits utilisés lors d’une réfection des parties communes doivent être le plus respectueux possible de l’environnement. Environnement des Hommes (les ouvriers et les habitants) et environnement de la Nature (retraitement des déchets). L’entreprise est responsable mais également le syndic et l’ensemble des copropriétaires sont responsables des produits utilisés et du retraitement des matériaux enlevés. Dans l’intérêt de tous il est conseillé d’utiliser tant que faire se peut des peintures sans COV (Composés Organiques Volatiles) dont certains peuvent être cancérigènes ou tout de moins très allergisants.

Utiliser également des décapants chimiques non nocifs, non toxiques, non inflammable et ne nécessitant pas de rinçage. Les fiches de sécurité des produits doivent être demandées aux entreprises ainsi que les fiches de retraitement des déchets. La responsabilité du syndic et des copropriétaires est engagée.

Conclusion

Un ravalement extérieur ou intérieur n’est pas un simple « coup de propre ». Une étude préalable permet de déterminer quelles qualités possède le bâtiment, quels matériaux, quelles couleurs. Tous ces éléments contribuent à créer une harmonie qu’il est souhaitable, voire nécessaire de retrouver afin que le bâtiment perdure.

Le respect des matériaux utilisés à l’époque permet non seulement de conserver l’esthétique de cette époque mais également, et surtout, de pérenniser les échanges d’air indispensables à la vie du bâtiment. Par exemple, des menuiseries en bois (qui pourront être adaptés aux exigences contemporaines, phoniquement et thermiquement) sont les seules à permettre de conserver, voire d’améliorer, la bonne tenue du bâtiment.

Le Palais Nemausa possède toutes les caractéristiques du style Art Déco. Son originalité réside dans la thématique nîmoise (emblème, monuments représentés, couleurs).

Préserver l’harmonie du Palais Nemausa et son style, en restaurant les éléments qui le composent, comme les crépis et les couleurs ne sont pas une démarche passéiste mais bien une volonté d’augmenter la qualité patrimoniale dont la valeur financière n’est qu’un reflet.

Les parties communes sont, avec la façade, la carte de visite d’un bâtiment. L’harmonie créée par l’architecte ou le concepteur doit être conservée afin que les habitants s’y sentent bien et que les visiteurs reconnaissent d’emblé la valeur intrinsèque du bâtiment. La volonté ici a été très claire : Nîmes ainsi que l’Art Déco sont au cœur du Palais. Enlever ces éléments serait amputer l’immeuble de son essence même.

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